Le 11 janvier 2008 prochain, lors du Only French Festival, le groupe THE AIM, formation franco-belge, vient délivrer son rock mélodieux à Paris. L'occasion pour OF, partenaire de ce bel événement, de suivre de près les artistes. Guillaume Corpard, chanteur du groupe répond à nos questions.
OF : Guillaume , pourquoi être passé du français à l'anglais ?
J’ai toujours aimé, écouté et chanté les deux langues que sont le français et l’anglais.
Bien sûr ma langue maternelle est celle de Molière… Mais quand on fait de la pop ou du rock, tout sonne tellement mieux dans la langue d’Outre Manche ! Il n’y a pas photo… D’ailleurs, à part quelques artistes comme B. Biolay ou Noir Désir, je ne connais pas beaucoup de musique rock très crédible en Français. En tous cas c’est mon impression !
Alors voilà, la langue de la perfide Albion s’est imposée naturellement dans mes nouvelles chansons, qui sont très anglo-saxonnes dans leur conception. Et puis nous vivons en Belgique maintenant. Le groupe est d’ailleurs franco-belge. Ici, ce n’est pas un problème de ne pas chanter en Français ! A vrai dire, les Belges sont moins coincés à ce propos. En fait, ça n’émeut pas grand monde… Et puis ici tout le monde parle et comprend très bien l’anglais ! En France, pendant longtemps les maisons de disques, à cause des radios, ont donné des complexes aux artistes quand ils voulaient chanter en anglais… Personnellement on m’a souvent reproché de trahir ma langue natale, ce que je trouve absolument stupide. Chanter en anglais quand je joue rock ne m’empêche pas d’écrire des recueils de poèmes en Français à côté, et d’avoir un amour immense pour ma langue. Ces histoires de quotas dans les radios françaises, ça me paraît même un peu facho… D’ailleurs merci à Only French de nous accueillir malgré les textes en anglais ! En voilà au moins qui sont moins bornés que d’autres ! …rire
Quand on fait de la pop ou du rock, tout sonne
tellement mieux dans la langue d’Outre Manche !
L-E : Qu'est-ce qui a changé depuis 2005 ?
Dans le monde, pas grand-chose hélas… Les jours passent et tout empire ! De mon petit côté, ce n’est plus Guillaume Corpard, mais un nouveau groupe : The aiM. Un bassiste belge : Phil Mathy, un batteur français : Julien Bonamy et moi-même à la guitare et au chant. Je compose et j’écris toujours mes morceaux, mais maintenant on les arrange en groupe, et je reviens à mes premiers amours : le rock british… Avec peut-être un plus de maturité… En tous cas l’idée de groupe me plaît beaucoup, ainsi mon nom et mon individu se fondent dans un collectif : ce qui me va très bien, en particulier pour la scène. Enfin la bonne nouvelle c’est que le premier album du groupe sort vers mars 2008, signé par la dynamique et jeune maison de disques MoonZoo (Belgique), et distribué par Universal (et oui on n’y peut rien… ;=) J’espère alors que nous pourrons tourner et présenter nos morceaux en France dans de nombreux festivals cet été.
L-E : Tu te dis engagé et insoumis, pourquoi ?
Les trois membres du groupe ont à peu près la même philosophie… Pour cela, nous nous entendons à merveille ! En fait, nous ne sommes pas heureux dans cette société violente et auto destructrice, qui se fout autant de l’humain que de la Nature. Nous n’avons pas automatiquement les réponses à tous les problèmes, mais nous avons la certitude que politiquement et philosophiquement on est mal barrés… Et nous ne sommes pas les seuls à penser cela ! Sans entrer dans le détail, qu’est-ce qu’on s’emmerde ici ! Tout va pour le profit : nous sommes dirigés bien souvent par des irresponsables. Et culturellement on ne peut pas dire que l’on tire toujours vers le haut … Hein, comme dirait l’autre c’est plus facile de distraire les ignorants que de les éveiller… Et puis surtout ça rapporte plus !
L-E : Pourquoi cette symbolique des animaux ?
Parce que notre société se fout de leurs gueules ! On les mène aux abattoirs sans penser à leur bien-être, on les charcute pour notre plaisir, on les entasse sans aucune dignité pour s’en goinfrer sans vergogne… On se croirait à l’âge de pierre : cela fait honte d’être le super prédateur de la planète, qui détruit tous les écosystèmes pour se baffrer encore et encore… Si les extraterrestres nous observent, aie aie aie : pour qui passe-t-on ? Alors cette symbolique des animaux (pochettes albums, site internet etc..), c’est pour signifier leur colère, puisqu’ils n’ont pas la parole… Du moins pas la nôtre. Ah, l’humanité, cette belle espèce sophistiquée et philosophe… Tu parles d’une blague ! Tant d’espèces sont en voie de disparition (ou ont déjà disparu), parce que nous détruisons leur environnement pour le profit, le profit, toujours le profit. On dit que le problème est très compliqué, qu’il est mondial… La belle affaire ! Pourtant plein de solutions existent, encore faut-il consommer différemment : les militants de Greenpeace l’expliquent d’ailleurs très bien. Nous sommes des supers consommateurs empiffrés de hamburgers, quelle gloire ! On peut se moquer des singes et les enfermer dans des cirques ou des zoos ! Qui est le plus singe des deux ? On a encore beaucoup de chemin à parcourir !
L-E : La musique sur internet, ça t'inspire quoi ?
Dans une démocratisation comme celle-ci, il y a toujours du bon et du mauvais. C’est génial parce que n’importe qui a accès à la musique, et n’importe qui peut mettre sa propre musique en ligne… Mais le revers de la médaille, c’est le piratage (en particulier pour les petits groupes qui ne sont pas ultra millionnaires comme U2 ou les Rolling Stones), qui provoque un manque à gagner catastrophique. Cela dit, le problème de fond reste je crois le prix exorbitant d’un cd en magasin (au passage, merci les intermédiaires, notamment les distributeurs…) En ce qui concerne les « myspace » et compagnie, il y a beaucoup de choses intéressantes et beaucoup de n’importe quoi. Mais voilà, aujourd’hui ce qui est triste avec internet c’est qu’on ne consomme plus que du MP3, c'est-à-dire du mauvais son. On se demande d’ailleurs à quoi servent les heures de studio pour peaufiner des sons, puisque tout est écrasé par la compression MP3. Mais bon, avec la fibre optique, on téléchargera peut-être du wav bientôt ?
Enfin le plus hallucinant, c’est qu’on ne s’intéresse plus aux albums, mais aux titres. On consomme du titre. Il faut que cela aille vite. 3 minutes 30 max, et hop, on passe à l’artiste suivant. Difficile de développer un discours sur tout un disque, quand on consomme comme ça. Mais bon restons optimistes et positifs, on va dire qu’internet c’est aussi une ouverture sur des choses qu’on ne découvrirait jamais autrement, et ce grâce au travail de certains passionnés. Mais encore faut-il avoir l’envie de chercher et ne pas passer sa journée sur les sites des majors, de la star ac’, ou de Tf1… (D’ailleurs sans cirage de pompes, vous avez un site web très réussi, vous!).
L-E : Que dire à nos lecteurs pour les faire venir au festival Only French ?
Venez découvrir la musique live, c’est là que ça se passe ! Pensez à soutenir la musique vivante, qui est faite par des milliers d’artistes très peu connus ! Soutenez les gens qui se donnent du mal à créer des évènements à peine rentables, tout cela pour l’amour de la musique et le plaisir de vous offrir de beaux moments ! Quant à nous, les artistes, nous essaierons de ne pas vous décevoir ! =)
La Rédaction - 23 novembre 2007